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L'Aquarius et des Hommes à la mer

Depuis la nuit des temps les hommes ont navigué et connu les dangers de la mer et sa cruauté lorsqu’elle s’empare d’eux; et compris la nécessité de secourir ceux qui étaient en passe de lui succomber.

L’Eglise Catholique, par une bulle du Pape Pie V, en 1586, posa le principe de l’obligation du sauvetage pour les marins. Celle-ci est devenue un principe du droit maritime, d’abord coutumier puis inscrit dans des traités maritimes internationaux, depuis les Conventions de Bruxelles dès 1910.
 
Comment un tel précepte, aussi fondamental, aussi humainement naturel, aussi simple à comprendre et à mettre en oeuvre, peut-il être rejeté aujourd’hui ?
 
De surcroît par un pays démocratique, l’Italie, situé dans un ensemble démocratique, l’Europe, basés sur le respect des Droits Fondamentaux et l’état de droit ?
 
Comment peut-il rejeter d’un geste cette obligation venue du fonds des âges et de l'humanité.
Tout est-il désormais possible lorsqu’il s’agit de conquérir le pouvoir ou de s’y maintenir ? Même de prendre des décisions qui risquent de provoquer la mort de centaines de personnes ?
 
Une telle rupture avec les valeurs qui fondent l’Europe doit susciter, au-delà de l'indignation, des réponses à la hauteur de l’offense et des réels dangers de déshumanisation de nos sociétés; elles doivent montrer la détermination sans faille des démocrates et des humanistes à résister à ces attaques qui sont aussi dangereuses à terme que la menace du fanatisme islamiste parce qu’elles sapent les fondements éthiques de nos sociétés.
 
Au fil du temps notre continent et son Union Européenne sont devenus le seul espace sûr pour la Démocratie et les Droits Fondamentaux et tous ceux dans le monde qui y sont attachés; ses citoyens doivent se dresser contre cette régression qui va les renvoyer aux heures les plus sombres de notre Histoire; celle où les idéologies mortifères l’ont envahie au nom de la race, de la nation ou de la classe; elles avaient un point commun, la négation des valeurs humanistes avec comme conséquence les holocaustes et à la guerre.
 
Quelle riposte mener ?
 
Avec Avocats sans Frontières France nous pensons évidemment en premier lieu à une riposte juridique puisque la décision italienne, ainsi que l’absence d’assistance portée au navire jusqu’à ce que l’ Espagne se propose comme lieu d’accueil sûr, a été prise en violation de plusieurs textes internationaux signés et ratifiés par l'Italie: la Convention de Genève sur la Haute mer du 29 avril 1958, celle de Montego Bay du 10 décembre 1982, la Convention SOLAS du 1er novembre 1974, la Convention SAR du 27 avril 1979 ainsi que, bien évidemment, la Convention européenne des Droits de l'Homme et la Convention relative au statut des réfugiés:
  • en engageant des procédures d’urgence devant la Justice Italienne afin de demander la suspension d'une telle décision.
  • en saisissant la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour solliciter la condamnation de l'Etat Italien a s'abstenir de toute mesure pouvant porter atteinte à la vie.
  • en incitant les Etats, notamment Européens à traduire cette décision devant les juridictions internationales désignées par la Convention de Montego Bay.
Ces dernières semaines se dessine entre plusieurs Etats dont l'Italie et l'Autriche la création d'un "axe des volontaires" pour résoudre la question des migrations.
 
Avec Avocats sans Frontières France, ici aux côtés de SOS Méditerranée et des migrants de l'Aquarius, nous proposons la mise en place d'un "axe de la fraternité" afin que le réflexe de l'humanité prévale en toutes circonstances et que seul le respect de la dignité et de la vie de ces personnes dicte nos décisions.
 
François CANTIER
Avocat
Président d'Honneur d'Avocats Sans Frontières France
 
Beatrice FLEURIS
Avocate
Membre du groupe "Migrants" d'Avocats Sans Frontières France

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